L’enquête album

2.8. Isabelle Robin maternelle albumMaîtresse, pourquoi les dinosaures, on n’en voit plus?

Maîtresse, pourquoi les feuilles elles tombent puis elles reviennent après ?

Maîtresse, c’est vrai que les ordinateurs ils peuvent tout savoir de nous ?

Avez-vous déjà eu de telles questions en plein cours de math?

L’enquête-album est une technique, d’une très grande richesse, que Freinet a mise en place dans sa classe pour répondre aux questions des élèves.

Cliquez ici pour regarder un extrait du film sur Freinet où vous voyez Bernard Blier en Freinet qui encourage ses élèves à explorer les questions qui les intéressent. Il les encourage à chercher, à mener l’enquête.

Comme vous le voyez dans le film, l’enquête album permet d’ouvrir la classe sur le monde, de sortir, d’élargir l’horizon, de grandir…

Les élèves se renseignent pour eux, pour faire savoir aux correspondants, aux lecteurs du journal…

Préparation de l’enquête

Où va-t-on ? Que va-t-on faire, chercher ? Pourquoi ?  Il ne s’agit pas d’une sortie – promenade.

L’enfant, comme l’adulte, se fait du monde qui l’entoure une image qui lui est propre, imprécise, stéréotypée, marquée par une expérience personnelle. Vouloir substituer à ces représentations des concepts plus opératoires par simple explication ou persuasion est souvent vain. La première étape est d’exprimer ces représentations, de les confronter aux représentations des copains-copines.  Qu’est-ce que je crois savoir sur le sujet ? Qu’est-ce que j’aimerais connaître, apprendre ?

C’est un moment de discussion où toutes les questions sont acceptées et notées par la maîtresse-maître au tableau.

Pour une sortie enquête, l’organisation est prévue au conseil : les équipes, les règles, le matériel (de quoi écrire, dessiner…)

Sur le lieu de l’enquête

Chaque enfant note ce qu’il peut, comme il peut (dessin, mots isolés, chiffres…) selon son niveau (pour l’album, pour ne pas oublier).

Fabrication de l’album

Chaque enfant a un texte à écrire, un dessin à réaliser et éventuellement une photo à commenter si la classe (ou la maîtresse-le maître) a un appareil photo, un ordinateur et une imprimante.

L’album doit être lisible. Mieux vaut un album modeste où chacun a participé qu’un album de 10 kg qui se voudrait exhaustif (mais jamais terminé) sur le sujet.

Une fois terminé, un résumé est réalisé pour le journal scolaire, une fiche pour le fichier documentaire de la classe et pour le cahier “d’éveil” (histoire, géographie, sciences,…).

Les données chiffrées peuvent être utilisées en mathématiques pour les « problèmes et recherches ».

D’autres albums

L’album peut être autre chose qu’un compte – rendu d’enquête : Paul nous a montré Lapidou, son lapin, il a neigé à Saint-Nazaire (extrêmement rare), le caillou de Paolo (voir ici l’article sur la table d’exposition), …

L’enquête, l’album, c’est une technique simple, pas chère (papier, crayon) et qui peut rapporter gros : du travail individuel de chacun nait un “chef d’oeuvre” collectif.

L’album circule dans les familles. Les enfants sont très fiers de l’emporter à la maison.

Voici un exemple dans une classe de petite section de maternelle

Pompon ou comment apprendre avec un chat

enquête album maternelleDepuis la mi-septembre, nous avons, dans la classe, une photo de bébés chats sur la table d’exposition. C’est Monique (l’ATSEM) qui l’a apportée.

Les enfants ont déjà posé des questions :

– C’est quoi ?

– C’est à toi ?

– Ils sont où ?

– Ils sont doux ?

Finalement, je demande à Monique s’il ne serait pas possible qu’elle apporte son chat à l’école. Un beau matin de fin septembre, il est dans la classe, dans une cage posée sur la table d’exposition.

Pompon va vivre une journée de classe avec nous. Il va être l’objet de toutes les attentions : nous le regardons, nous parlons, nous le parlons. Certains enfants dont je ne connais pas la voix vont s’exprimer ce jour-là. Je prends des photos tout au long de la journée. Sur une grande feuille au tableau, je note devant les enfants ce qu’ils disent du chat. Chaque parole d’enfant est accueillie.

Le soir, nous disons au revoir à Pompon.

Le lendemain et les jours suivants commence un autre travail : celui de l’album. Nous reparlons du chat, nous le dessinons. Par groupe, nous regardons les photos. Les enfants parlent, je reformule et note ce que chacun dit. Les enfants voient leurs paroles se transformer en écrit.

Nous allons aussi regarder des documentaires sur les chats et je vais leur lire quelques passages.

C’est à nouveau l’occasion de s’exprimer: “Ce n’est pas un chien” a beaucoup fait parler. Certains ont repris “Ce n’est pas un cochon”, “Ce n’est pas un poisson” et finalement, on a cherché comment on reconnaissait le chat : “il est doux”, “il a des pattes”, …

La photo de la mère du chat a étonné : “Il a une maman”, “C’est pas ma maman”, “Elle est morte, la maman”, …, pour arriver à : “et il a pas de papa.” Une discussion des plus sérieuses a commencé.

C’est parce que les élèves ont vu et vécu la même expérience au même moment que la communication a été possible et aussi riche.

Le travail de chaque élève a été collé dans l’album, ce qui permet de passer du travail individuel au travail collectif coopératif.

Cet album, comme tout album réalisé dans la classe, passe dans les familles le soir. Il est à disposition dans la classe. Il constitue une part de la culture et de l’histoire de la classe.

Le travail autour du chat a englobé plusieurs domaines d’apprentissage : le langage oral, écrit, la lecture mais aussi la découverte du monde (se reporter aux instructions officielles en cours). Ce qu’on pourrait appeler une séance d’apprentissages transdisciplinaires qui donne tout son sens à l’école, qu’elle soit maternelle ou élémentaire.

Partagez les bonnes pratiques. Merci !

Partagez l'article
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

3 commentaires sur “L’enquête album

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *