Boite à QUESTIONS : la méthode pour permettre aux enfants de poser toutes leurs questions, même celles qui sont taboues

IMG_0630L’enfant est curieux : il cherche à savoir …

Où peut-il poser ses questions ? En famille, entre copains. Toutes ses questions ? Vraiment ? Et si à l’école, il était autorisé, voire encouragé, à poser ses questions, à chercher des réponses ?

Pour favoriser questions, recherches, j’ai mis en place la boite à questions.

La boite à questions est un objet, un moment et un lieu de parole 

Un objet

Une boîte à chaussures, avec une fente (genre boîte aux lettres). Un stock de feuilles de papier format A5 est posé à côté de la boîte.

Le principe

Quand un enfant a une question, il l’écrit sur la feuille, signe –s’il veut- et glisse le papier dans la boîte.

Problème : en maternelle, au CP en début d’année, la plupart des enfants ne savent pas écrire.

Solutions trouvées :

  • L’enfant dicte à un adulte de la classe (ATSEM, maîtresse, stagiaire) sa question.
  • L’enfant dessine sa question et la posera, la dira lors du moment boîte à questions.

Le moment boite à questions

Ce moment est inscrit à l’emploi du temps. Il a lieu une fois par semaine et dure maximum 30 minutes. Je préside. Les questions signées sont lues en priorité. Je lis une question et demande si quelqu’un a un avis, quelque chose à dire. La discussion s’installe (ou pas, selon le sujet). Une question peut donner lieu à une recherche mais ce n’est pas systématique.

Un lieu de parole

On y parle de tout, et parfois de tabous (l’argent, le sexe, la mort) si et seulement si certaines lois sont présentes.

  • Je demande la parole
  • J’écoute celui qui parle
  • Je ne me moque pas

La boite à questions est une institution que j’ai pratiquée en élémentaire et en maternelle.

Comment un ballon est fait ? Comment une table est faite ? Comment les cailloux sont faits ?

Je ne sais jamais comment va démarrer la boite à questions. Ce n’est pas une institution que j’installe dès le début d’année. Mais une fois démarrée, les questions affluent et sont de tous ordres.

Une année, en MS-GS, nous avions un problème avec les ballons tout neufs. Nous avions beau les gonfler, ils se dégonflaient dans la nuit. Pierre, amateur de football, un peu énervé par cette histoire, dépose dans la boîte à questions : comment sont faits les ballons ?

Inutile de vouloir être dans la maîtrise totale (facile à dire après 36 ans de carrière, moins facile en début de carrière, voir la monographie plus bas). Je laisse la parole aux élèves. Nous regardons des ballons, nous discutons, nous nous posons d’autres questions. Un père d’élève, aussi amateur de ballon rond viendra nous parler de ballons.

Cette question « comment est fait … » va revenir durant tout un moment : de nombreux objets de l’école vont être passés en revue. Comment est fait une table, un stylo, une gomme, le tableau, …. Un caillou … ? Je ne ferai pas venir d’autres parents ou personnes spécialisées pour répondre à ces questions. Nous nous «contenterons » de regarder les objets, de discuter et de lire des documentaires.

Après cette phase de comment, d’autres questions, plus « pointues », plus « historiques », « philosophiques » vont arriver.

Mais pourquoi les hommes n’ont pas vu les dinosaures ?

Bastien nous a raconté au quoi de neuf qu’il a vu un film à la télévision sur les dinosaures : un homme trouve un gros œuf, un dinosaure sort de l’œuf et s’ensuit une série de péripéties. Bastien n’est pas le seul à avoir vu ce film. Les enfants posent de nombreuses questions à Bastien. Je signale que ce film est imaginaire : les hommes n’ont jamais vu les dinosaures. Certains enfants ne veulent pas me croire puisque dans le film, on voit les hommes avec le dinosaure. Au quoi de neuf, il ne s’agit pas de faire une leçon d’histoire ou de sciences ou de quoi ce soit. Je clos la discussion en disant que l’on pourra en reparler s’ils sont intéressés. Rien de plus.

Plusieurs questions sur les dinosaures arrivent dans la boite à questions dont celle-ci : mais pourquoi les hommes n’ont pas vu les dinosaures ? Le sujet intéresse. Nous en parlons un peu et, vu l’enthousiasme, je propose que l’on en parle plus longuement à un autre moment. Chacun peut apporter des documents, des figurines ou autres. Nous décidons au conseil suivant d’y consacrer un après-midi. Une date est prise et indiquée sur l’emploi du temps.

De nombreux documents (livres, fiches, photos découpées dans les magazines de télévision, trouvées sur internet, publicités), des figurines, des DVD vont arriver en classe. En fait, nous allons consacrer plus d’un après-midi à ce sujet.

Nous regardons, discutons, nous nous interrogeons. J’essaie d’expliquer, tant bien que mal, que les dinosaures ont disparu avant que l’homme n’apparaisse. Et alors arrive la question : mais où il était l’homme quand les dinosaures étaient sur la terre ? Les enfants ont leurs idées : dans le ciel, dans les étoiles, sur la terre mais cachés pour que les dinosaures ne les voient pas ….

Comment parler de paléoanthropologie, de l’histoire évolutive de l’homme à des enfants de 4 et 5 ans ? Je fais ce que je peux … Je signale que c’est très complexe

Nous dessinerons les dinosaures, nous écrirons sur les dinosaures et pendant plusieurs semaines, des livres sur les dinosaures vont être proposés à la présentation de lecture.

La boite à questions, ça parait simple, une petite technique pour faire parler les enfants … Dans la monographie suivante, vous allez voir que c’est plus subtil et complexe qu’il n’y parait …

Monographie

Lors d’un stage de l’association Vers la Pédagogie Institutionnelle, Patrice Baccou (maintenant directeur d’aprene), Catherine Pochet et moi-même avonc rédigé la monographie suivante sur la boite à questions. Nous avons intitulé ce texte  :

Boite à questions? Une question de boites : boite à musique ou boite de pandore ?

Voici le texte que je n’ai pas modifié.

D’abord une boite. Une boite à chaussures recouverte de papier tapisserie à fleurs … Un trou sur le dessus par lequel chacun peut glisser un petit papier … avec une question … avec sa question …

… Et un moment “ boite à questions ” une fois par semaine …. Véritable institution :

“ J’ouvre la boite à questions ”

Le jeu commence. Le je s’expose.

Deux classes où toutes les institutions sont en place, un instituteur, une institutrice … devant la boîte à questions…

Classe de Patrice Baccou

Debout, face à la classe, je plonge. Les enfants s’impatientent, Félix et Sylvie chuchotent. Marc : “ Y’a ma question. ”

Sophie : “ Taisez-vous ! ”

“ La roue de la fortune ” ou “ questions pour un champion ” ?

Pas de problème, les questions, je les ai lues avant …

Le pédagogue est content, une leçon d’éveil motivé se prépare …

Je suis déjà séduit par la petite musique de ma classe.

– Comment se fait le verre ?

Plusieurs doigts se lèvent. Julien a la parole :

– Avec des pierres transparentes fondues.

Damien s’agite :

– Mais non, comment on ferait pour que ça soit plat ?

– Moi je sais, avec du sable, je l’ai vu à la T.V.

– Mais comment ils font pour qu’on voit à travers ?

Le Maître prend la parole : “ apparemment ça vous intéresse beaucoup, on pourrait envisager en conseil d’aller visiter la miroiterie à côté de l’école. ”

Formidable, ça démarre. Ils parlent, ils émettent des hypothèses, ils s’expriment. Je n’aurai pas à leur faire une leçon d’éveil. Je les sens accrochés et j’imagine la suite : visite, enquête, album, reportage dans le journal et j’en passe…

Et pourtant … ça ne va pas de soi …

Classe d’Isabelle Robin (CM1)

– Comment ça marche une voiture ?

(Noémie) –  Avec de l’essence.

(Franck) – Où elle va l’essence ?

J’ai tout d’un coup très chaud. Je n’y connais rien en mécanique. Heureusement Alain, notre technicien de service, demande la parole :

– C’est un moteur à explosion à quatre temps. L’essence va dans le carburateur.

Je ne maîtrise plus rien. Et si c’était faux ? Je devrais savoir. Qu’est-ce qu’ils vont raconter aux parents ? Qu’est-ce que les parents vont penser de moi ?

– Bien ! On pourrait se renseigner, vérifier dans des livres. Ceux qui en ont pourront les apporter.

J’imagine la suite … Ils vont me harceler.

Mais, ouf, la lettre pour les correspondants n’est pas finie, le journal non plus.

J’aimerais avoir cette excuse mais je sais que ce n’est pas possible.

Institutionnalisée, mise à l’emploi du temps … La boite à questions ne tarit pas au fil de l’année.

– A quoi ça sert de vivre si on meurt ?

Quelle technique, quand même, que cette boite à questions !

Classe de Patrice Baccou

Je suis content que des questions aussi importantes puissent être posées et débattues.

Le dialogue s’installe, inattendu.

Je ne suis pas là en donneur de leçons. Ils s’écoutent, je les écoute. Je suis là, plus proche. Cependant, je sens que je n’ai pas de réponse et que… je m’en pose, des questions.

Classe d’Isabelle Robin

Mais où vont-ils chercher ces questions ? Ils vont bien réussir à me parler de Dieu !… Il va bien falloir que je réponde puisque je suis la maîtresse.

Tout à coup je m’affole, ne vont-ils pas me découvrir ? Ne suis-je pas en train de tomber dans un piège ? Comment les rassurer si je laisse transparaître mes angoisses ?

Mais que pourraient-ils bien découvrir ?

Qui est là pendant ce moment de boîte à questions ?

Le pédagogue satisfait, la femme ou l’homme sincère ou bien… Mais qui d’autre ?…

Mais qu’est-ce que je vais chercher là ?

Qu’est-ce que nous allons chercher là ?

Ces questions … nous les avions lues …

Pourquoi nous touchent-elles autant ?

A qui ça parle vraiment ?

Quel âge ai-je quand j’ouvre la boîte ?

Le mien ou le leur ?

Car, moi aussi je m’en posais des questions à leur âge. J’en posais même beaucoup mais c’était souvent ni le lieu, ni le moment, Et puis, à qui les poser ? A mes parents ? A mes grands-parents ? Au maître ?

De toute façon, il y a des questions qu’on ne pose pas… Et si elles étaient toujours là, coincées dans ma tête ?

Et si dans ma classe aujourd’hui, la boîte à questions – boîte à musique, me rappelait une autre petite musique…

Je me souviens… J’ai 10 ans, il faut savoir…

Pas le droit à l’erreur. Que dirait papa ?

La boîte à questions me fait peur… J’imagine les catastrophes…Une vraie boîte de Pandore…

Alors, on l’ouvre ou on la ferme ?

Savoir, voir ça

Tout savoir, ne rien savoir.

N’est-il pas imprudent de vouloir savoir ?

Ne pas savoir tout…

Mais alors, la boîte à questions ne serait pas seulement une petite institution attrayante, facile à mettre en place ?

Le malaise d’un enfant, l’agitation d’un autre trouveraient-ils là une explication ?

En ne demandant pas l’avis des enfants, ne les ai-je pas parfois obligés à écouter ce qu’ils n’étaient pas encore prêts à entendre ?

La boîte à questions met sûrement du jeu dans les rouages…

Elle implique aussi le je.

Lieu de parole, tel le quoi de neuf, le moment de boite à questions permet d’accueillir l’enfant au-delà de l’élève avec son souci intime : la même indispensable sécurité est nécessaire.

Les questions sont de tous ordres …

… éviter de faire et de dire n’importe quoi…

(fin de la monographie)

Comment on fait les bébés ?

Toutes les questions, sans tabou, peuvent arriver si la sécurité est installée. “Je ne me moque pas” est LA LOI insdispensable pour ce genre de moment. Imaginez : un enfant pose la question comment on fait les bébés ? Et je vous garantis qu’elle arrive tous les ans. Qui va prendre la parole s’il n’est pas sûr du respect de la loi “je ne me moque pas” ? Je rappelle que des mots, des rires peuvent blesser gravement, pendant longtemps. Cette loi est symboliquement le pendant de la loi “tu ne tueras pas” dans la société. Parler “vrai”, oser dire n’a rien à voir avec le bavardage : la boîte à questions est un moment de parole (et non de langage), moment sécurisé, un moment de confiance comme le quoi de neuf, le conseil, la table d’exposition, le texte libre, le bilan du soir.

Une précision (importante) : les enfants ne sont pas obligés d’entendre les réponses (on n’est pas forcément prêt à entendre). Je pense à cette petite, dans la classe de René Laffitte, qui avait demandé à sortir parce qu’elle ne voulait pas savoir comment on fait les bébés mais qui était restée collée à la porte, dehors… 🙂

Et vous, quelle place réservez-vous aux questions complexes des enfants ? Avez-vous essayé la boîte à questions ? Est-ce que cela vous tente ? Racontez votre expérience dans les commentaires 🙂

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1 commentaire sur “Boite à QUESTIONS : la méthode pour permettre aux enfants de poser toutes leurs questions, même celles qui sont taboues

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