Quelle place pour l’assistante maternelle en classe ?

assistante maternelleL’arrivée à l’école

L’enfant qui arrive à l’école maternelle découvre un univers inconnu dans lequel il devra, au fil des jours, apprendre à trouver des repères. Le plus souvent, jusqu’au jour de sa première rentrée scolaire, le jeune enfant n’a connu que son milieu familial, ordinairement sécurisant, dont la principale caractéristique est la grande dépendance affective de l’enfant envers ses parents. En franchissant le seuil de l’école maternelle, le futur écolier est plongé dans un milieu social où il lui est demandé de surseoir à cette recherche d’affection exclusive pour, selon l’expression de Winnicott, acquérir la capacité à être seul parmi les autres. Cette découverte de l’école, sorte de “rite initiatique”, se fait pour certains sans heurts: ceux qui supportent la séparation qu’implique l’arrivée à l’école car ils ont une image suffisamment solide de leurs parents. Ils ne sont pas seuls car “intérieurement” ils continuent d’être accompagnés et ainsi peuvent affronter le nouveau monde social qu’est l’école. Cette capacité à imaginer, à se représenter la personne absente montre que ces enfants ont accès à la fonction symbolique. Ils ont suffisamment d’autonomie affective pour plonger, sans grand risque, dans le grand bain de l’école.

Toute personne qui a vécu le premier jour d’une rentrée scolaire dans une classe maternelle sait que cette séparation est un moment douloureux pour beaucoup d’autres enfants. Le départ de la mère (ou du père) est vécu au sens propre du terme : ” Maman (papa) a disparu donc elle (il) n’existe plus.” Ce ressenti d’abandon déclenche de fortes angoisses et se traduit par des comportements divers : pleurs inconsolables, violence ou inhibition.  (C’est pour cela que maintenant, je propose aux parents de rester les deux premiers jours avec l’enfant.) Pour ces enfants, le processus d’individuation n’est pas encore suffisamment engagé pour affronter le groupe. Leur principale préoccupation va être la recherche d’affection et de sécurisation pour combler un besoin de maternage encore indispensable. En France, c’est souvent l’ATSEM (Agent Territorial Spécialisé des Ecoles Maternelles) qui va accueillir cette demande (d’ailleurs, dans le langage courant, l’ATSEM est encore parfois appelée l’aide maternelle). Les statuts officiels de l’ATSEM, en mettant l’accent sur la responsabilité des soins corporels à donner aux enfants, reconnaissent implicitement la dominante maternelle de leur fonction.

L’enseignante (parfois l’enseignant, les hommes restent minoritaires en maternelle) se situe davantage sur un pôle paternel. Ce pôle se décline sur au moins deux versants. Du côté de la loi : l’enseignante institue des interdits et se positionne en tant que garante du respect des règles. Dans le registre du langage : l’institutrice évite la trop grande proximité physique pour favoriser les échanges langagiers: deux personnes qui entretiennent une relation fusionnelle ne dialoguent pas. C’est dans l’écart entre deux sujets que peuvent surgir les échanges et se déployer la parole. L’enseignante interroge et invite à la prise de parole. Tel le père dans la sphère familiale, elle ouvre la porte du social et de la culture. Tout comme le père dans la sphère familiale qui devrait tourner l’enfant vers le monde extérieur en empêchant toute fusion avec la mère, elle montre la voie du social et de la culture.

Comme dans un couple parental où le maternel n’est pas exclusivement dévolu à la mère et le paternel n’est pas réservé au père, cette répartition des rôles dans la classe n’est pas clivée. Mais l’existence et la complémentarité de ces deux pôles symboliques est indispensable. Dans la famille, dans une classe maternelle, le jeune enfant a besoin d’appréhender les différences (père/mère ; enseignante/ATSEM ; adulte/enfant…) pour se structurer psychiquement. Boris Cyrulnick (éthologue, neuropsychiatre, auteur de multiples ouvrages ) parle de “catégories qui, malgré leurs aspects caricaturaux, sont nécessaires pour construire un monde structuré avec lequel l’enfant peut interagir.” L’absence d’un des deux pôles peut avoir des conséquences graves sur l’évolution de l’enfant. On voit de plus en plus souvent de jeunes enfants qui n’ayant jamais rencontré la “Loi du père”, arrivent à l’école en terrain conquis, tyrannisent leurs camarades, tiennent tête à leur enseignante et vont jusqu’à fragiliser l’équilibre d’une classe voire d’une école. La société, les parents sollicitent l’école pour faire la loi à ces jeunes “enfants-bolides” (l’expression est de Francis Imbert). La destinée de l’école maternelle est peut être de devenir l’école paternelle. (Voir le texte “De la mère à l’école” de Daniel Calin)

L’ATSEM dans la classe de techniques Freinet pédagogie institutionnelle

Comme dans toutes les autres écoles maternelles, l’ATSEM a dans ma classe un rôle traditionnel : elle participe à l’accueil, accompagne les enfants aux toilettes, aide certains élèves lors d’un atelier, range, nettoie, prépare… A première vue, rien ne retient particulièrement l’attention. Pourtant, certains aspects peuvent paraître inhabituels : l’ATSEM participe au marché, l’ATSEM prend la parole au quoi de neuf, l’ATSEM intervient au conseil pour donner son avis ou critiquer. Mais qui est donc cette personne qui ne reste pas dans l’ombre de l’institutrice et qui, en plus, parle devant le groupe des enfants en disant “je” ?

L’ATSEM n’est plus, aux yeux des enfants, un personnage cantonné dans un rôle muet qui privilégierait les actes à la parole. Elle est présente physiquement quand l’enfant est dans une phase régressive (se faire consoler, se faire câliner) mais elle fait aussi entendre sa voix durant les temps institués de parole (quoi de neuf, conseil). A ces occasions, l’ATSEM est indisponible pour l’enfant en recherche de proximité corporelle : pour échanger avec elle (et avec les autres), l’enfant doit investir les lieux de parole institués en classe.

4L : Lieux, Limites, Lois, Langage

Dans cette micro-société balisée et sécurisée par les 3 L (Lieux, Limites, Lois), le langage (le 4ème L) devient vecteur d’humanisation pour les enfants et les adultes. Il ne s’agit plus de bavardage, de cris pulsionnels ou de réponses aux injonctions pédagogiques de l’enseignante mais bien d’une parole singulière adressée au groupe.

Et les enfants ne s’y trompent pas. Après une période de tâtonnements, ils investissent ces moments de parole en “parlant vrai”.

Toutes les monographies indiquent combien l’institutionnalisation de la classe suscite, chez l’enfant, du désir de grandir et d’apprendre.

Et pour l’adulte ? La monographie suivante montre qu’une ATSEM (Monique) doit elle aussi appréhender, apprivoiser la classe pour s’y faire une place : il n’est pas si simple de passer du découpage à la parole.

Monique, le chemin pour trouver sa place

Septembre

C’est ma troisième rentrée dans cette école de REP+ (Réseau d’écoles prioritaires) au public hétérogène. Se côtoient dans la classe le fils d’un député européen, celui d’une prostituée droguée séropositive, celui d’un médecin, des enfants de militaires, de chômeurs, d’alcooliques, d’ouvriers, de délinquants, d’ingénieurs, de professeurs, d’immigrés algériens, marocains, russes, turcs avec ou sans papiers. Un des enfants de grande section est fiché à la police : il aide son frère à revendre la drogue dans le quartier. J’ai une classe de Moyenne Section-Grande Section de 24 élèves. J’en connais dix qui étaient dans ma classe l’année dernière en moyenne section. Portées par eux, toutes les institutions sont en place dès la rentrée.

Je vais travailler avec une nouvelle ATSEM qui arrive dans l’école en remplacement de l’ATSEM qui travaillait avec moi et qui est partie en retraite.

Vendredi, jour de pré-rentrée

Je suis déjà dans la classe depuis plus d’une semaine à organiser, prévoir …

8h, la nouvelle ATSEM arrive.

« Bonjour.

– Bonjour. Je suis Isabelle Robin.

– Monique Dupont.

– Les vacances ont été bonnes ?

– Oui.

– Nous allons travailler ensemble cette année. C’est une classe de MS-GS. Dans quelle classe travailliez-vous l’an dernier ?

– Petite Section mais j’ai déjà fait des moyens et des grands.

– Très bien.

– Qu’est-ce que je dois faire ?

– Et bien, je pourrais peut-être vous expliquer l’emploi du temps et comment je vais travailler avec les enfants. Nous pourrions aussi regarder la classe ensemble.

– Oui, si vous voulez.

– Voici l’emploi du temps. (Je montre le même classeur que j’utilise avec les enfants). Vous voyez, quand les enfants arrivent, ils commencent par chercher l’étiquette de leur prénom puis ils prennent un livre. Ils ne jouent pas.

– Vous ne faites pas d’accueil ?

– Si, je fais un accueil mais sans jeu. L’accueil dure 15 minutes. Après, nous commençons la classe.

– Ah bon ?

– Ils sont en moyenne section. Ils viennent depuis deux ans à l’école. Le passage entre la maison et l’école n’a pas besoin de jeu. Ils joueront à un autre moment de la matinée et ils le savent.

– Je fais quoi pendant l’accueil ?

– Vous pouvez lire un livre aux enfants.

– Mais je dois demander aux parents si leur enfant mange à la cantine.

– J’ai préparé une feuille de cantine. Les parents inscrivent leur enfant à la cantine en mettant une croix. L’enfant voit son parent faire. Comme cela, il est au courant et souvent après, c’est lui qui met la croix.

– Et il n’y a pas d’erreur ?

– Très peu. Quelques-unes au début mais j’en parle au conseil.

– Au quoi ?

– Au conseil. C’est le mardi matin. C’est une réunion où l’on parle de la classe. Ce qui va et ce qui ne va pas. Ce serait bien que vous y assistiez.

– Les parents y assistent ?

– Non.

– Comment les parents sauront qu’ils se sont trompés ?

– Nous le dirons à l’enfant. C’est le premier concerné puisque c’est lui qui mange à la cantine. Il fera en sorte que son parent pense à mettre la croix.

– J’aime autant demander. Ça fera moins de problèmes.

– Je vous propose d’essayer comme cela. Depuis deux ans, cela n’a pas posé de problème. Je garde dix élèves de l’an dernier. Dix familles sont déjà éduquées.

– Quand est-ce que je récapitule le nombre de cantiniers ?

– Quand la classe commence pendant les métiers du matin.

– Les métiers ?

– Oui. Chaque enfant a rapidement une responsabilité au sein de la classe. Par exemple, un enfant sera chargé de ranger les livres le matin avant de commencer la classe. Pendant ce temps, vous pouvez compter les cantiniers et apporter la boîte de cartes au bout du couloir.

– D’accord. Et après ? Je fais le découpage ?

– Quel découpage ?

– Je ne sais pas. Il y a toujours du découpage dans les classes maternelle.

– Euh … Très peu dans cette classe. (Je n’ose pas dire jamais) Après, c’est le moment du quoi de neuf. C’est un moment où les enfants parlent de ce qu’ils veulent.

– C’est le langage.

– On va dire ça comme ça. J’aimerais que vous y assistiez. C’est important pour les enfants. Notre attitude, nos paroles vont les aider à apprendre à parler, à poser des questions, à écouter.

– Mais qu’est-ce que je dois faire ?

– Ecouter ce qu’ils disent.

– Et ?

– Et c’est tout. (Je sens alors que je la déstabilise un peu. De plus, elle regarde partout. Il est temps de passer à des choses “concrètes”. Mais avant : un dernier point …). Nous allons visiter la classe. Je voulais vous dire aussi que les enfants m’appellent madame Robin. Comment voulez-vous qu’ils vous appellent ? Monique ou madame Dupont ?

– Les enfants m’ont toujours appelée Monique.

– D’accord. Vous ne voulez pas changer ?

– Non ! Je vous appelle madame Robin ?

– Non ! Vous pouvez m’appeler Isabelle, même devant les enfants mais quand vous parlez de moi aux enfants, vous dites madame Robin. On pourrait peut-être se tutoyer ?

– Oui.

Nous visitons la classe. J’ai préparé les étiquettes, les cahiers … La classe est rangée, organisée. Je vois qu’elle le remarque. Mais je sens aussi que ça la gêne. Certaines ATSEM ont l’habitude de préparer les cahiers, les étiquettes …

– Je sais qu’en ce jour de pré-r­entrée, vous avez aussi les jeux collectifs à nettoyer et à organiser le dortoir avec les autres ATSEM. Vous voulez peut-être le faire maintenant ?

– Oui.

– D’accord ! N’hésitez pas à venir me poser des questions sur la classe. A tout à l’heure !

Ce premier contact fut “frais”. Tant que les choses n’auront pas été vécues avec les enfants, cela restera dans l’imaginaire.

Lundi, jour de rentrée

Les enfants arrivent avec leurs parents. Accueil et présentations individuelles. Monique est un peu crispée au sujet de la cantine. Heureusement, les enfants et parents qui étaient là l’an dernier se souviennent parfaitement de l’organisation.

9 heures. Je ferme la porte. Les enfants sont sur les bancs. J’attends que Monique ait fini de compter les cartes de cantine. Elle le sent et se dépêche. Je l’invite ensuite à venir avec nous sur les bancs.

– Y’a pas de découpage à faire ?

– Non, non, pas aujourd’hui.

Nous sommes réunis pour le quoi de neuf. Les enfants déjà présents l’an passé expliquent aux nouveaux. Je précise à nouveau les règles et signale qu’elles sont valables aussi pour les adultes. L’étonnement de l’ATSEM est perceptible. Nous commençons le quoi de neuf. L’ATSEM ne dira rien, comme la plupart des nouveaux élèves. Normal !

Dans la journée, nous avons besoin de crayons, de ciseaux, de divers matériels. Les anciens élèves en font directement leur métier. Je signale que c’est juste pour la journée et que ce sera discuté demain au conseil.

Le soir, je fais le point avec Monique qui me signale que c’est bien beau de faire tout faire par les enfants mais que les crayons sont mal rangés. Je lui donne raison et lui dis qu’il faudra en parler au conseil. Elle maugrée et commence le ménage.

Mardi, deuxième jour

Au conseil, les enfants parlent des métiers. Les “anciens” demandent des métiers. Jordan demande le métier des feutres. Monique ne dit rien. Comme pour les autres métiers, nous redéfinissons ensemble la tâche. Je demande alors à Jordan d’aller voir comment ont été rangés les crayons hier. Il constate qu’un feutre n’a pas de bouchon, qu’un feutre vert a un bouchon rouge et que deux autres feutres sont hors de la boîte. Ça nous aide de constater ces problèmes et je le signale. Monique ne prendra pas la parole.

Durant le mois de septembre, Monique fait son possible pour “s’adapter”. Elle est présente à tous les moments institutionnels (quoi de neuf, choix de texte, mise au point de texte, présentation de lecture, conseil, marché où elle accepte de tenir une boutique, …) mais ne participe pas : pas de questions au quoi de neuf, au choix de texte, à la présentation de lecture ou à la boîte à questions, pas de proposition ou de critique au conseil. Elle me dit tout en dehors du conseil. Je ne redis pas forcément au conseil. Au début, elle “subit”, elle est passive et présente uniquement parce que je le demande. En même temps, elle est étonnée des progrès des enfants, des histoires du choix de texte et … du fait qu’ils “m’obéissent”.

Mi-décembre

Le conseil a lieu le mardi. Un lundi soir, elle me dit : « Je suis embêtée. Pendant les vacances de Noël, je dois nettoyer la classe. Je nettoie entre autre les tables. Les enfants ont collé des autocollants dessus et je vais avoir un mal de chien à les enlever. D’ailleurs je peux les enlever ? » J’avoue ne pas avoir vraiment repéré ces autocollants. “Nous en parlerons au conseil demain” est ma réponse à son inquiétude.

Le lendemain, Monique ne s’inscrit ni en critique, ni en proposition. Je lui tends une perche : « Monique, tu ne devais pas parler des tables au conseil ?

– Oui.

– Je t’inscris. »

Après les critiques des enfants, je passe la parole à Monique :

« Monique, tu voulais parler des tables.

– Oui, je dois les nettoyer. »

Silence dans la classe. Les enfants ne comprennent pas. Je prends la parole :

« Monique est responsable du mobilier auprès de la mairie qui est son employeur. Monique doit nettoyer toutes les tables pendant les vacances de Noël. Tu peux expliquer Monique le problème ?

– Il y a des autocollants sur les tables.

Benoît : Oui, c’est ma mamie qui me l’a donné. Elle l’a eu dans le fromage.

David : Moi, je l’ai eu dans les céréales.

Moi : Oui, oui, beaucoup ont collé des autocollants sur la table. Mais le chef de Monique lui demande de nettoyer les tables. Elles doivent être dans le même état qu’au premier jour de classe, sans autocollant.

Aurélie : Y’a qu’à enlever les autocollants.

Annaïck : Mais on les aura plus. Ça casse.

Paul : On nettoie autour. Ma mère elle fait comme ça.

Moi : Les tables étaient sans autocollant au début de l’année. Il va falloir les enlever.

Jacques : Faut faire une règle.

Moi : Qu’est ce que tu proposes ?

Jacques : On met plus d’autocollants sur les tables.

Benoît : Et on les met où ?

Monique (l’ATSEM) : Vous pouvez les coller dans le cahier de dessin.

Aurélie : Bonne idée.

Moi : Qui est d’accord avec la proposition de Monique “on colle les autocollants dans le cahier de dessin.” ? … Unanimité. La règle est adoptée. Mais nous avons toujours le problème des autocollants sur les tables. Qui a une proposition ?

Cloé : On les enlève.

Moi : Qui a une autre proposition ? Personne. Qui est contre la proposition de Cloé “on enlève les autocollants des tables” ? Unanimité. Quand ?

Alain : Après le conseil.

Aurélie : C’est la récré.

Alain : Après la récré.

Moi : Qui est contre ?

Lucia : J’ai pas d’autocollant sur ma table.

Moi : Qui pense avoir besoin d’aide pour décoller son autocollant ? (Plusieurs doigts se lèvent). Lucia et ceux qui n’ont pas d’autocollant à enlever aideront les autres. Avis contraire ? Personne. Adopté.

C’est une affaire rondement menée et je suis contente à plus d’un titre. Monique a parlé au conseil pour exposer son problème et elle a dans la foulée fait une proposition que tous les enfants ont adoptée. A la suite de quoi, les enfants ont voté à l’unanimité d’enlever les autocollants. Monique n’aura pas à le faire, ce qui est d’ailleurs tout à fait normal.

Je sens Monique détendue et heureuse de cette issue. Elle va aider les enfants à retirer les autocollants après la récréation.

Le jeudi suivant

Quoi de neuf. Maria raconte qu’elle est allée à la piscine. Monique lève le doigt et je lui donne la parole :

« C’était bien ?

– Oui, j’ai nagé avec mon frère et ma mère.”

A partir de ce jour-là, il n’y aura pas un quoi de neuf sans que Monique ne pose une question.

Elle prend aussi la parole au conseil un peu comme un “super chef d’équipe des métiers”. Elle repère aisément les métiers qui ne sont pas bien fait. Elle critique et propose des améliorations. Elle propose aussi des règles pour la cantine et la sieste.

L’année suivante

Elle participe activement à la vie de la classe. Elle a trouvé sa place et s’y tient en prenant ses responsabilités. Elle a compris le sens de la monnaie et paie les enfants qui travaillent dans son groupe.

J’ai la direction en intérim. Un matin, nous sommes au quoi de neuf quand on frappe à la porte. Une collègue m’appelle pour une urgence. D’habitude, je diffère mais au ton de sa voix, je sens que c’est vraiment urgent.

« Je vous laisse, je reviens sous peu.

Monique : Je peux présider le quoi de neuf si tu veux. »

Sans hésiter, je lui tends le cahier où je prends des notes.

Je ne reviendrai qu’une demi-heure plus tard. Les enfants seront tous au travail. Monique me fait un compte-rendu :

« On a fini le quoi de neuf. J’ai pris des notes comme toi. Je leur ai donné un petit travail d’écriture mais c’est dur pour les moyens.

Moi : Merci ! C’est bien qu’ils voient qu’il y a des choses difficiles à faire. »

Fernand Oury disait : “La pédagogie institutionnelle fait grandir les enfants … et les adultes.”

Remarques

Dans ma classe, l’ATSEM est un adulte à part entière. Je lui propose donc un rôle très différent de celui qu’elle peut avoir dans les autres écoles où elle est généralement effacée devant la maîtresse. D’ailleurs, au début, une nouvelle ATSEM peut même se sentir détrônée de certaines de ses prérogatives, dépossédée de l’idée qu’elle se faisait de son travail car dans ma classe, elle ne passe pas la journée à faire des découpages ou du ménage.

Je lui demande d’assister à tous les moments de parole et d’y participer : elle vote au choix de texte, elle intervient au quoi de neuf, elle félicite ou critique au conseil et participe aux discussions. Elle tient une boutique au marché. Elle mène une activité avec un petit groupe, par exemple l’atelier “cuisine” car c’est quelque chose qui l’intéresse. Ainsi, chaque semaine, quatre enfants cuisinent du sucré ou du salé. L’ATSEM gère son atelier et je vois juste avec elle comment symboliser la recette avec des dessins. Elle met des amendes : Shirley a craché : « Y a pas que madame Robin qui met des points d’amende. Moi aussi, j’en mets ! »

Par la suite, nous en parlons ensemble car cette implication dans les activités peut, au début, la mettre mal à l’aise.

L’ATSEM est reconnue dans la classe en tant que personne avec ses compétences particulières. Et tant mieux si elle a des passions ou des capacités que je n’ai pas : ainsi, nous nous complétons. Elle a un statut différent de la maîtresse, mais elle a autant de pouvoirs. Elle est responsable et les enfants lui obéissent comme ils obéissent à tous les adultes. Elle est une sorte de super chef d’équipe inscrite sur le tableau des métiers tout comme moi et elle parle en tant que tel au conseil. Ainsi, j’ai observé que, quand l’ATSEM réussit à ne plus ramasser le crayon par terre, mais à critiquer le métier “crayon” au conseil, c’est qu’elle est “dans” la classe, elle en a compris le fonctionnement. Cela demande un temps de formation de trois, quatre mois.

Une fois formée, l’ATSEM est une aide précieuse dans une classe de pédagogie institutionnelle : je ne suis plus seule. Nous avons deux statuts, deux rôles différents, complémentaires.

Et vous ? Quelle place a l’ATSEM, l’assistante maternelle dans votre classe ? Racontez dans les commentaires 🙂

Partagez si vous pensez que cet article peut aider un ou une collègue 🙂 Merci 🙂

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