Que faire quand les doudous sont encore présents en classe à 5/6 ans ?

les doudous En grande section de maternelle à 5 ans (parfois au CP à 6 ans), les enfants arrivent à l’école avec un doudou. L’enfant en parle et le doudou “s’installe” au quoi de neuf (moment de parole le matin) et peut rester toute l’année pour certains. A chaque fois c’est le même rituel : après quelques questions, un enfant demande si on peut le voir. L’intéressé le montre pour la xième fois.

Je pense qu’accueillir le doudou qui fait partie en quelque sorte de l’enfant est important. Mais comment arriver à “passer à autre chose” ?

Voici un moment de quoi de neuf. Je préside. Un élève est secrétaire.

Julien : J’ai une nouvelle veste.

Marion : Qui te l’a achetée ?

Julien : Ma mère

Anna : Tu peux nous la montrer ?

Julien va chercher sa veste dans le couloir et nous la montre.

Jan : Elle est en jeans. T’es beau.

Moi en tant que présidente : On passe. La parole à Karl.

Karl : J’ai un doudou.

Dominique : Tu l’as apporté ?

Karl : Oui.

Moi : Est-ce que c’est ton doudou de naissance ?

Karl : Oui, je l’ai eu quand je suis né.

Monique (l’ATSEM, assistante maternelle) : Et tu ne l’as jamais perdu ?

Karl : Si, une fois dans un magasin. Je pleurais mais après ma sœur l’a retrouvé.

Rachel : T’as fait une crise ?

Karl : Ben … un peu, je tapais partout. Je voulais mon doudou.

Moi : Tu as eu de la chance que ta sœur le retrouve ! Tu lui as fait un bisou pour la remercier ?

Karl : Sais pas.

Moi en tant que présidente : On passe.

Des grands lèvent la main.

Anna : Karl ne nous a pas montré son doudou.

Moi : Non ! Mais nous le connaissons ! Karl, tu parlais bien de ton petit chien gris ?

Karl : Oui.

Moi : Je pense que maintenant nous connaissons tous les doudous des enfants de la classe. Nous pourrions plutôt poser d’autres questions aux enfants qui présentent toujours leur doudou. Ça les aiderait peut-être à grandir et à parler moins souvent de leur doudou.

Le quoi de neuf continue et la parole est donnée à plusieurs enfants de GS qui nous parlent d’une visite au zoo, de la venue d’un grand-père de Turquie, du bobo de la sœur …

Puis la parole est donnée à une enfant de MS qui, régulièrement, présente encore son doudou.

Emi : J’ai un doudou.

Anna : Qu’est-ce que c’est comme doudou ?

Emi : Une souris. (La même que d’habitude.)

Didier : Pourquoi elle a perdu sa queue ?

Emi : Parce que mon frère a tiré dessus.

Rachid : Tu te bagarrais avec ton frère ?

Emi : Oui.

Guy : T’as pleuré ?

Emi : Non, parce que ma mère a dit qu’elle va coudre la queue.

Dominique : Mais ça fait longtemps ! On n’a jamais vu ta souris avec une queue.

Emi : Ma mère a pas le temps.

Moi : Peut-être que maintenant tu es habituée à ta souris sans queue. Est-ce que tu aimes bien cette souris sans queue comme doudou ?

Emi : Oui ! (Avec un grand sourire).

Tamar : Elle sent bon ?

Emi : Oui !

Moi en tant que présidente : On passe.

Emi n’aura pas montré son doudou. Les doudous vont être parlés. Même des grands (qui ne montraient plus leur doudou) vont nous raconter l’histoire de leur doudou.

Nous saurons que :

  • Le doudou d’Eliott a été perdu et que sa sœur lui a offert un de ses anciens doudous.
  • Marion a un ancien doudou de sa mère.
  • La mamie de Baptiste lui répare régulièrement son doudou mais ne trouve pas toujours la même couleur de tissu. « Mon doudou se transforme ! »
  • La mère de Victor lui a pris son doudou et l’a “vendu” !?
  • Guy n’a jamais eu de doudou mais pour la sieste à l’école, il en emprunte un de la classe (règle élaborée au conseil sur proposition de Guy : si on n’a pas de doudou ou si on l’a oublié, on peut prendre un doudou de la classe.)
  • Hortense a deux doudous : un pour chez papa, un pour chez maman.

Le doudou, l’objet transitionnel cher à D.W. Winnicott est “la première possession non-moi“. L’enfant s’attache un objet : ours, poupée, bout de tissu… qui l’accompagne pendant un temps plus ou moins long de sa petite enfance. Il est objet de consolation, de défense contre l’angoisse, rassurant au moment de l’endormissement mais qui, selon Winnicott “doit aussi survivre à l’amour instinctuel, à la haine et, si tel est le cas, à l’agressivité pure.” Il y a des doudous qui outre les câlins passent de sacrés quarts d’heure.

Cet objet pallie le manque de la part rassurante et consolatrice de la mère. Mais il montre aussi que, de la mère, on peut s’en passer. Il est voué à un désinvestissement progressif. Il perd sa signification au fur et à mesure que s’élargit la sphère culturelle de l’enfant, en particulier son langage. Je n’interdis pas le doudou. Je l’accueille au moment du quoi de neuf. Mais comment arriver à passer à autre chose ? Avec du temps, de l’écoute donc de la patience, les doudous vont être parlés, racontés sans qu’on ait besoin de les montrer. Ils vont devenir des histoires, des histoires de doudou. Le langage, peu à peu, s’est substitué à l’objet transitionnel.

Il existe beaucoup de livres pour les enfants sur les doudous. Je vous conseille la bibliographie de la médiathèque de Plescop.

Pour les adultes, les livres de Winnicott sont un peu difficiles d’abord mais très intéressants.

Partagez l'article
  •  
  •  
  •  
  • 1
  •  
  •  
  •  
  •  
    1
    Partage

2 commentaires sur “Que faire quand les doudous sont encore présents en classe à 5/6 ans ?

  1. Bonjour Isabelle,

    Je te remercie pour ton article.

    A 5-6, est-ce vraiment un frein au développement de l’enfant, le doudou ?
    Tout comme sucer son pouce, d’ailleurs ?

    Je me pose cette question en me disant que le doudou peut cacher des blocages ?
    Y-a-t-il un âge où toi, enseignante, tu te demandes : tiens l’enfant a-t-il un problème chez lui ?

    A plus
    Evan

    1. Bonjour Evan,

      Merci Evan de tes questions. Le doudou ne peut pas être le signe d’un problème chez l’enfant. Quand je remarque qu’un enfant semble aller mal, c’est tout un ensemble de faits, de réactions, d’observations qui m’alertent (Par exemple l’enfant ne joue pas + l’enfant pleure beaucoup + l’enfant ne veut participer à aucune activité +….). Je demande toujours l’avis du psychologue scolaire et du médecin scolaire.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *